Intrusions

L’eau était déjà là. Partout, elle nous précède. Elle avait pris possession des premiers étages. Le bois d’acajou de la rampe d’escalier, tout en conservant par endroit le lustre d’autrefois, était rongé par la vermine et crissait sous mes mains. Tout miroitait, tout ondoyait, tout ondulait. Suspendue au-dessus de la canopée, je regardais les sols, les meubles qui se noyaient ou verdissaient. La nature s’embourgeoisait. De hautes fougères habitaient au deuxième. Une famille nombreuse de lierres courait dans les escaliers. Des êtres nouveaux avaient pris la place des anciens pensionnaires. Cette maison bourgeoise aux allures d’ambassade jadis si close sur elle-même, si solitaire sur son ancienne falaise, si loin, si épargnée avait cédé aux intrusions. L’eau avait invité tout un peuple grouillant. Déjà, les gouttes glissaient les unes sur les autres avec fracas. Écoulements, fuites, clapotements. Et à ces bruits de moulin s’ajoutaient le faux silence des plantes, des arbres : les bruissements, les sifflements, les craquements. Les guéridons, les commodes, les vases, les bougeoirs, les livres et les chaises, tous s’étaient tus. Pas un son d’homme. Seuls résonnaient, multiples échos graves, les instruments de la nature.

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