Feu

La lettre parla ainsi encore longtemps et elle se serait encore, interminablement, gonflée de discours. Ses mots auraient étoffé tous les murs, se seraient tatoués sur toutes les peaux intérieures. Lettre démiurge, lettre totalitaire, lettre qui veut être, elle qui ne sera jamais. Elle serait devenue, lettre chérie, l’ogre cannibale qu’elle a toujours voulu être si une force qu’il ne se connaissait plus ne l’avait pas saisi, si un miracle venu du fond de la vie n’avait pas contracté ses doigts, allumé ce briquet qui tout à l’heure calcinait ces cigarettes dont il avait avalé l’âpreté. Feu. Brasier salvateur. Il n’est rien resté qu’un horizon. Comme dans l’âtre chaud de son propre foyer, il avait fourré les bûches lourdes du passé. Feu. Feu. Feu. Fin des ombres, des fantômes. Fin des mots. Il vivrait de peaux, de chair, de sang frais. Feu toi. Vive moi.

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