Hypnose

Pourtant, je fascinais les foules des spectateurs venus écouter le même chant, un chant inaudible, un chant arabe. Ils n’en comprenaient rien mais se dressaient, ondulaient, hypnotisés comme les serpents des fakirs. Ils étaient ahuris, abêtis par un mystère qui les dépassait. L’air se faisait lourd. Ces hommes dont les oreilles sifflaient encore des coups de canon, ces hommes devenus muets, dévastés, troués fermaient leurs yeux troubles. Hypnose collective. Ma voix pénétrait en eux. Elle abolissait le temps, figeait les souvenirs. Puis ces hommes reprenaient leur chapeau délicatement posé sur l’accoudoir d’un fauteuil en velours rouge, le fixaient avec exactitude sur leur tête et sortaient par les portes à battants. Ils regagnaient la rue, le bruit, montaient dans des autobus ou des taxis, amnésiques. Et moi, je regagnais la coulisse, sans visage et sans voix.

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