Vers le silence

Sourdement, les vagues glissent les unes sur les autres. La mer change, la mer est changeante et dans ses grands froids, aux poissons-glaçons succèdent les raies jaunes de feu. Quantité de petits miroirs, de rêches éclats varient dans l’eau claire, diffractant des rayons qui se diffusent en ombres vacillantes. Au fond, tout au fond, le sol noir, et mon corps qui le foule. Des coques mortes en petites rangées, des fatras d’orchidées marines, des couleuvres mordorées et mes ongles qui soulèvent la terre. Hier soir, j’ai sauté. Par bouffées, j’ai avalé les eaux mornes, les rancœurs, et l’espoir surtout. J’ai salé mes poumons. Ils ont durci, cuit. Je ne respire plus. Je me gonfle. Le silence m’étouffe enfin. Muet. Les mots lessivés. Mes organes dans le grand bénitier. Plus de peurs, plus de demains, plus de toi. T’échapper. Les vagues glissent, mon corps roule. Derrière lui, des colonnes de fumée poussiéreuse. On n’en finit pas de tracer le monde de sa lourde impureté. De roulis en fracas, je m’éteins dans le bruit, non plus le mien, non plus le tien, celui de l’océan qui va, vieux, indifférent, implacable.

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