Métier de boa

L’écrivain peut si peu agir. Il doit certes se jeter dans les brasiers, se piquer le cul de flammes ardentes mais il doit surtout attendre que le feu s’amenuise, que les braises lentement le marquent, inscrivent les mots dans sa chair. Se décontaminer des actes – patience de l’arbre nouveau qui renaît derrière l’incendie – et ne garder que la brûlure. Souffler sur les braises, les faire rougeoyer et crachoter comme un bon petit feu dans l’âtre confortable d’une maison à la peau dure. Métier de l’écrivain : s’exposer au danger, puis le faire mijoter dans le secret de son intérieur. Ne donner à becquer que les mets les plus raffinés. Métier de boa. Exténuants allers et retours, vers le monde et en soi, pour digérer une vie indigeste. Les mots ne sont que de la merde sublimée ou une divine bile crachée à qui aime qu’on lui crache à la gueule. Combien de tours d’alambic pour transformer le plomb en or, l’ombre en lumière ?

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